MAIS OU SONT PASSEES LES NEIGES D'ANTAN ? *
Allusion, bien sûr, au poète François VILLON (1431-1465 ?) et à l'une de ses oeuvres célèbres « Ballade
des dames du temps jadis »
Beaucoup, en effet, se posent cette question depuis plusieurs hivers un peu (ou bien
décevants).
Cet article n'a pas vocation de répondre, n'a pas non plus de prétention
scientifique, et n'est pas une étude climatologique.
Il a seulement pour but de nuancer quelques idées, de synthétiser
des informations recueillies durant ces dernières années
et surtout de nous permettre d'acquérir une vision plus large, et
plus relative aussi, des phénomènes climatiques que nous
subissons tous.
Et nous allons découvrir au fil de ces lignes qu'en France, pendant
que nous sommes amenés à nous plaindre d'un hiver trop doux,
trop sec, d'autres ailleurs grelottent et observent des chutes de neige
peu habituelles pour leurs régions.
D'abord rappelons-nous que sur une décennie globalement décevante
du point de vue de l'enneigement (1988/1998), les Alpes françaises
du nord ont enregistré au moins un « bel hiver » : celui
de 1994/1995, qui se présente comme le deuxième hiver le
plus enneigé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, après
le terrible hiver 1969/1970.
Un autre point intéressant à analyser : en prenant (pour la
période 1977/1997) les chiffres des maxima d'épaisseurs de
neige au sol à la Clusaz (Aravis), nous découvrons que l'hiver
1992/1993 s'est avéré être à la fois le moins
enneigé à 1500 m d'altitude (avec 45 cm au sol) et le plus
enneigé à 2300 m d'altitude avec 350 cm maxi au sol (valeur
la plus élevée observée sur ces 19 derniers hivers,
ex aequo avec l'hiver 1994/1995) ! Aujourd'hui, neige -t- il moins à
basse altitude et plus en haute montagne
Les glaciologues rappellent que des précipitations plus abondantes, liées
au réchauffement de la terre, à l'évaporation accrue,
pourraient à terme regarnir en altitude les bassins d'alimentation
glaciaires.
Une autre idée : la neige ne tombe pas toujours au bon moment, au bon
endroit ; il fait trop doux sur une région du monde et trop frais
sur une autre. Pour cela, regardons simplement l'année 1998 :
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Début janvier 1998, alors qu'il fait globalement doux sur les Alpes du nord,
le secteur de Québec - Montréal subit des tempêtes
verglaçantes qui paralysent la région. On signale aussi de
fortes chutes de neige au Montana et en Colombie Britannique.
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Mi - janvier, des chutes de neige de 15 à 30 cm sur Jérusalem,
Tel Aviv, secteurs où la neige est rare. Des chutes de neige «
exceptionnelles » et des avalanches sont signalées au nord
- est de Téhéran (Iran).
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Début février 1998, des chutes de neige importantes (parfois 1 mètre)
sur le Tennessee et la Virginie occidentale, états américains
réputés peu montagnards.Et alors que le temps est doux et
quasi printanier, certains jours sur les Alpes, nous notons 70 cm de neige
en 24 heures à Nagano au Japon, lors des Jeux Olympiques, et 1 mètre
en deux jours.
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Mars 1998, la neige tombe de nouveau sur Israël, la Jordanie, la Cisjordanie,
et l'île de Chypre . Fin mars, de fortes tempêtes de neige
apportent par endroits près d'1,80 m de fraîche dans le Péloponnèse
grec. Il neige aussi sur l'Italie du sud. Et le foehn apporte plus de chaleur
à Chamonix qu'à Nice ou Biarritz.
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Avril 1998, c'est notre tour, mais un peu tard, en France :
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le 10 avril, 70 cm en 24 heures sur le Champsaur (Alpes du Sud)
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le 11 avril, il neige à Tarbes et à Lorient
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du 03 au 19 avril, en continu, il tombe plus de 5 mètres de neige cumulée
aux Grands Montets, à 3300 m.
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du 10 au 19 avril, il tombe plus de 1,70 m de neige cumulés au Chinaillon
(1300 m), au-dessus du Grand Bornand. Pendant ce temps, il fait 32°C
à l'ombre en Bulgarie et en Crête (record en 118 ans d'observations,
pour cette période de l'année). Et Moscou connaît une
chute de neige tardive de 30 cm mi - avril (record, pour la date et non
pour l'épaisseur observée, sur 120 ans).
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En mai 1998, (automne dans l'hémisphère austral), on signale
de fortes chutes de neige en Patagonie.
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En juin 1998, alors qu'il fait chaud sur l'Europe occidentale, très
chaud sur le Texas, la Floride, etc..., le Sud - Est de l'Australie (région
de Canberra, au 35ème parallèle, latitude sud) subit de très
basses températures et des pluies verglaçantes pour le début
de l'hiver austral.
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Eté 1998, juillet est maussade pour la moitié nord de la France
avec fraîcheur et déficit d'ensoleillement (80 à 120
heures de soleil en Bretagne), ce qui en fait le mois de juillet le moins
ensoleillé depuis 1949). Août bat des records : la canicule
s'installe en France, avec 37°C à Paris (38°C le 9 août
1911), 37°C à Bourges (record : 41°C le 8 août 1923),
38,7°C à Metz, etc... Les contrastes subsistent cependant :
le 12 août, il fait simultanément 18°C à Quimper
et 37°C à Colmar, d'Ouest en Est du pays. Le 10 août,
il a fait 43°C à Chypre et 15°C à Moscou.
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Septembre 1998 : après des journées encore très estivales
en début du mois, il a neigé sur les Alpes du nord dès
1000-1500m les 12, 13, 14. Nous le voyons bien, tout cela est relatif,
très contrasté, et ne correspond pas toujours aux attentes
des populations. En tous cas, les 20/30 cm de neige tombés sur le
Proche Orient en janvier auraient été bien utiles à
Noël en France, dans quelques stations de ski de modeste altitude
et les belles chutes de mi - avril auraient été les bienvenues
plus tôt en saison.Nous pourrions en remontant quelque peu les années
trouver d'autres phénomènes « surprenants » :
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Fin juin 1997, 60 cm de neige fraîche au Vignemale (Hautes Pyrénées)
et Toulouse enregistre ses températures les plus basses pour l'époque
depuis 50 ans. En mai 1997, il neigeait à Tours (8 cm) et sur le
littoral du Pas de Calais.
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En mars 1997, on signalait de très fortes chutes de neige sur la
région de Finnmark en Norvège. Début juillet 1996,
il neige à 1500 m. Les grands cols alpins sont bloqués alors
que le Tour de France cycliste devait y passer. Cette année-là
il pleuvait à Noël (décembre 1995) à 1500/2000
m sur les Alpes, alors qu'il faisait -38°C en Finlande.
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Sondage par Battage - par Richard Lambert
Photo : A. Rey/Collection R. Lambert
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ALPES DU SUD
- Fin janvier 1996, on mesure 3,90 m au sol sur les hauteurs de la Foux d'Allos
et 2,70 m à Valberg (à 1heure30 de Nice).
U S A
- Janvier 1996, le blizzard s'abat sur le nord est des Etats Unis (75 cm de neige
à Philadelphie, 52 cm dans Manhattan, la plus grande tempête
depuis 70 ans). Début février 1996, on a enregistré
-26°C à Chicago (un record pour ces 40 dernières années)
et -51°C à Ely dans le Minnesota (Middle West américain)
!
EUROPE
Et plus près de nous, on oublie aussi la vague de froid qui toucha l'Europe
fin décembre 1996, début 1997, faisant plus de 150 morts
avec, -22°C à Troyes, -36°C en Roumanie, -37°C en Pologne.
Froid,
neige, canicule, sécheresse, inondations catastrophiques : nous
observons des « excès » climatiques qui se succèdent
à des cadences importantes.
Alors, après des hivers maigres et décevants, aurons-nous un hiver
avec trop de neige ?
Connaîtrons - nous, une fois, l'hiver de tous les dangers ? Impossible ?
IMPOSSIBLE N'EST PAS CLIMATIQUE.
Richard LAMBERT - Expert en nivologie
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