Association nationale des professionels de la sécurite des pistes
 



"UNE AVALANCHE DANS LES VIGNES"
L'avalanche de Morgex-Lavancher en vallée d'Aoste - février 1999


Avalanche Morgex Lavancher
Avalanche Morgex Lavancher
Photo n°1 - Richard Lambert
 

Après avoir analysé l'avalanche de Péclerey-Montroc (Revue Pistes Infos 2000), nous étudions les autres grandes avalanches de l'hiver 1999 qui ont marqué les esprits dans l'arc alpin. En effet, en tant qu'expert officiel, j'avais pu observer l'avalanche de Montroc 24 heures après le drame. En travaillant à nouveau sur ce site en été et automne 1999 (à titre personnel cette fois), j'ai pu compléter ces observations, ce qui m'a permis de vérifier certaines hypothèses. Il m'a paru alors essentiel de procéder à la même démarche d'expert pour trois autres sites touchés par les grandes avalanches de février 1999 que, de fait, je n'avais pas pu voir tout de suite après la catastrophe. L'analyse de terrain "à postériori" a reposé sur l'examen des réels bassins d'alimentation, la topographie fine des sites, les traces laissées sur les terrains et sur la végétation par l'avalanche, les trajectoires réelles. C'est un "retour d'expérience" qui a été réalisé pour tenter de tirer des enseignements pour l'avenir, en terme de prévention. Ainsi GALTÜR (Autriche), EVOLENE (Suisse) et MORGEX (Italie) ont été visités au fil des mois. Ces travaux ont fait l'objet d'une synthèse lors du Symposium ISSW de BIG SKY -Montana- USA, en octobre 2000 (rétrospective Feedback.). Il vous est présenté ici, en version française, l'analyse de l'avalanche de MORGEX.


Avalanche Morgex Lavancher
Avalanche Morgex Lavancher
Photo n°2 - Richard Lambert
Morgex et Hameau de Lavancher.
Au dessus, traces de l'avalanche de février 1999
Photo n°3 - Richard Lambert
Hameau de Dailey, visible en bas à gauche

L'avalanche est descendue le 23 février 1999 au matin. Elle est partie d'un vaste cirque très marqué, dominé par la Tête de Liconi à 2 930 m d'altitude, pour s'arrêter 4 km plus loin contre la montagne d'en face, remontant sur plus de 60 m de dénivelée ce versant opposé (arbres à maturité cassés net ou couchés). Le point le plus bas atteint n'est qu'à 940 m d'altitude ce qui fait une dénivellation totale de près de 2 000 m! (voir coupe). L'avalanche, dans sa course, a surtout touché un hameau en rive droite, DAILLEY, traversé la route principale du Val d'Aoste et la rivière. C'est une puissante avalanche de neige poudreuse avec une phase dense. L'aérosol et le souffle ont atteint la future autoroute du Mont-Blanc à la sortie d'un tunnel. Là encore, le bassin d'alimentation potentiel et réellement sollicité est très vaste (>2,3 km2), avec un pan tourné au sud-est, l'autre au sud-ouest. Les pentes sont soutenues (>35° au sommet). La zone d'arrêt est une sorte de large "cône de déjection" planté de vignes. L'ensemble est orienté plein sud. Dans ces régions déjà méridionales des Alpes, la probabilité de très fortes accumulations de neige, restant de surcroît poudreuses sur des faces sud bien inclinées, est rare. Les conditions nivo-météorologiques très particulières de février 1999 ont permis à l'avalanche majeure d'être activée, de se déclencher et de se propager très bas en aval et plus large latéralement.


Avalanche Morgex Lavancher
Avalanche Morgex Lavancher
Photo n°4 - Richard Lambert
Zone base de l'avalanche : Dailley à droite, viaduc de l'autoroute en sortie du tunnel, forêt touchée sur le versant d'en face.
Photo n°5 - Richard Lambert
Détail sur une construction de Dailey touchée par l'avalanche

Cette avalanche sous sa forme majeure, était cependant connue historiquement puisque sur la rive gauche de son parcours, existe un autre hameau : LAVANCHER qui veut dire "avalanche" en vieux français (on parle français en cette région d'Italie)! Ce hameau est comme une borne, un témoin de l'Histoire. La toponymie (science des noms de lieux) permet effectivement de se souvenir des grandes avalanches dont la fréquence de retour est très faible. Pourquoi le hameau de DAILLEY situé sur la rive droite, très ancien lui aussi, a-t-il été touché? En prenant la morphologie du terrain en détail, l'examen des traces dans la végétation (puis dans la topographie fine des pentes et des talwegs) permet d'amorcer une explication double : 1) l'avalanche, vers 1600 m, s'est brusquement élargie (traces en éventails observées sur la forêt de chaque côté). En fait, l'avalanche s'est élargie à l'aval immédiat du bassin collecteur général. Cet endroit plus resserré a dû imposer une relative concentration des flux de neige partis des pentes sud-est et sud-ouest, d'où l'élargissement brusque constaté juste au-dessous, sur les deux rives (voir photos 1 et 2). Malgré tout, il y a un peu moins de contraintes de relief à droite côté Dailley qu'en rive gauche côté Lavancher, ce qui rend ce dernier site un peu plus sûr. 2) le pan orienté au sud-ouest sous la Tête de Drumianaz, entraîné par l'ensemble des cassures du cirque sommital, est descendu quasiment en ligne droite sur le hameau de Dailley, par un talweg très prononcé (bien visible sur la photo 3). Les deux hypothèses énoncées ne se contredisent pas.


En conclusion : Différents projets de protection sont à l'étude : (voir article paru dans la revue italienne AINEVA cité en bibliographie) ils devront tenir compte des différents niveaux de vulnérabilité existants : deux hameaux, une route nationale, une voie ferrée, une autoroute internationale ! Indépendamment de ce qui est déjà proposé, à l'appui des analyses ci-dessus, on pourrait préconiser : - de couvrir les pentes dominées par la Tête de Drumianaz avec des filets ou des claies, - d'ériger deux digues latérales de contention s'intégrant progressivement dans la pente au niveau du secteur où l'avalanche de février 1999 s'est brusquement élargie, -d'installer des Détecteurs Routiers d'Avalanches sur les différentes voies de communication, - de placer des panneaux de protection vitrés et renforcés (type parois anti-bruit) à la sortie du tunnel le long de l'autoroute, pour réduire les effets de souffle. Tout cela pour lutter contre un phénomène rare, mais d'une ampleur majeure.

Richard LAMBERT - Expert en nivologie


Petite bibliographie :
Barbolini M. " The catastrophic 1999 alpine winter : analysis of the "Lavancher" event, Morgex, Italy".
Proceedings ISSW 2000 BIG SKY - Montana.
Lambert R. "Retrospective feedback on the avalanches of february 1999 in the European Alps" (Retour d'expérience sur les avalanches de février 1999 dans les Alpes Européennes).
Proceedings ISSW - octobre 2000 - BIG SKY - Montana.
Segor V. et Del Monte G. "La valanga di Lavancher" : Revue Neve e Valanghe - AINEVA N° 40 - août 2000.






 
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