Association nationale des professionels de la sécurite des pistes
 



LES TRAUMATISMES CHEZ LES ENFANTS SUR LES PISTES


Dans un premier contact avec un enfant, surtout quand ont ne le connaît pas, il faut se mettre à sa hauteur et discuter avec lui «yeux dans les yeux ». Souvent l'enfant pleure quand il vient de tomber, à cause de la surprise, de la peur ou de la douleur. Il faut donc essayer d'évaluer son réel problème d'un point de vue traumatique, sans l'inquiéter davantage.
On a coutume en pédiatrie de dire qu'un enfant n'est pas un adulte miniaturisé ; cela est tout particulièrement vrai en traumatologie.

Lors du bilan initial, l'évaluation de l'état circulatoire mérite chez l'enfant une attention particulière : en effet, lors des hémorragies (extériorisées ou internes) le retentissement circulatoire (contrôlé par le pouls) est longtemps modéré pour des pertes allant jusqu'à 25 - 35 % de la masse sanguine, mais au-delà, la décompensation est très brutale avec un risque vital important. Il faut se rappeler qu'une plaie du cuir chevelu peut tuer par hémorragie.

La fréquence cardiaque est un critère précieux mais à interpréter en fonction de l'âge. On accordera une importance aux « petits signes » que sont la pâleur, la soif, la décoloration des muqueuses, une mauvaise recoloration des extrémités, une obnubilation, ou une agitation. L'évaluation de la douleur en phase précoce peut être difficile, des douleurs intenses peuvent donner à l'enfant un aspect prostré et peu réactif.

Les traumatismes crâniens sont fréquents, le crâne d'un enfant est certes plus mou et déformable, et cela peut retarder les signes neurologiques mais les complications graves ne sont pas moins fréquentes pour autant. Une complication guette particulièrement les enfants : c'est l'odème cérébral de survenue secondaire.

La prise en charge initiale détermine ainsi souvent le pronostic et l'avenir de ces enfants. Un enfant traumatisé crânien est toujours suspect de lésions associées, en particulier du rachis cervical, de l'abdomen et du thorax : l'évaluation des fonctions vitales est donc de rigueur. A la suite des traumatismes crâniens de l'enfant ; une agitation est particulièrement fréquente : loin de signifier une bonne vitalité, elle témoigne souvent de complications neurologiques (hématomes, odème), par souffrance cérébrale due à un manque d'oxygénation des neurones. Cela peut se traduire par une désorientation, des troubles de conscience très souvent source d'anxiété, d'où la nécessité d'oxygéner systématiquement tout traumatisé crânien.
La dégradation de l'état neurologique et circulatoire est très souvent, très brutale et précédée de troubles de la conscience et de vomissements.

Les enfants ont une surface corporelle plus petite que l'adulte, ils se refroidissent plus rapidement, il est d'autant plus important de les isoler de la neige et du froid avec des couvertures.

On se méfiera tout particulièrement des bâillements, d'un hoquet important, d'un simple « torticolis », de vomissements répétés, de troubles de la conscience, d'une somnolence ou de convulsions de survenue secondaire. Mais les troubles précoces et régressifs de type maux de tête, somnolence, agitation précoce, vomissements (moins de 3), perte de connaissance de durée courte ( < 3 minutes), troubles de la mémoire, ne signifient pas forcément gravité.
Néanmoins, même si un traumatisme crânien paraît bénin, il faut le faire examiner. Parmi ces enfants, statistiquement huit sur mille feront une complication grave voire mortelle. Sur les pistes il importe de ne pas justifier une évacuation vers un cabinet médical dans le but de faire des radiographies, la plupart du temps elles ne seront pas réalisées car inutiles et faussement rassurantes.

Seule l'évolution clinique importe dans le cas d'un traumatisme crânien, c'est ce qu'il faut impérativement faire comprendre aux parents.




Le rachis de l'enfant est certes plus souple que celui de l'adulte mais cela ne lui confère que peu de protection en particulier dans les traumatismes sévères. Les lésions instables du rachis (en particulier cervical) à type de fracture (odontoïde ++) ou d'entorse grave sont à évoquer chez l'enfant dès lors qu'existent des douleurs cervicales, un torticolis, un traumatisme crânien, des troubles de la conscience, des signes neurologiques. Faut-il rappeler que la pose d'un coller cervical est systématique ?

La plasticité du gril costal ne constitue pas une protection contre les traumatismes fermés du thorax, bien au contraire ; les contusions hémorragiques pulmonaires sont proportionnellement plus fréquentes.

La moindre protection des organes abdominaux par les côtes et les muscles, leur moindre tolérance à l'étirement lors des décélérations, le volume et la masse relativement plus importants que chez l'adulte expliquent la fréquence des lésions du foie, de la rate, des voies urinaires et particulièrement du pancréas. Il n'y pas systématiquement de relation entre la violence du traumatisme et les lésions observées. C'est pour cela que toute contusion abdominale doit être examinée par un médecin.
On gardera à l'esprit (surtout lors d'une évacuation prolongée) que les lésions abdominales sont susceptibles d'évoluer en deux temps ; le traumatisme étant suivi d'une phase trompeusement rassurante avant la dégradation secondaire par reprise de l'hémorragie, d'où l'importance du bilan évolutif régulier.

La traumatologie des membres survient sur un os long en croissance. Les fractures de ces os qui sont mous générant de fréquentes lésions en « bois vert » ou en « motte de beurre » difficilement détectables. La douleur est perçue et exprimée de manière différente d'un enfant à un autre, il est important de ne pas la négliger, car même minime, toute douleur post-traumatique impose un bilan radiologique en particulier au niveau de l'avant bras, de la main (surf+++) et de la jambe (ski).
Les fractures des extrémités osseuses réalisent souvent des lésions des cartilages de croissance appelées « décollement épiphysaire ». Le potentiel évolutif de la croissance corrige souvent les déformations mais peut aussi les aggraver conduisant à d'importantes répercussions fonctionnelles.

Sur les pistes, il faut considérer toute lésion douloureuse à proximité d'une articulation comme un décollement épiphysaire. Il ne faut pas parler d'entorse devant ces blessures, et ce d'autant plus, que les entorses de l'enfant sont exceptionnelles (et quasi inexistantes au membre supérieur et à la cheville). Certaines articulations comme le coude ou le genou imposent une analyse clinique et radiologique méthodique et rigoureuse qui ne peut être réalisée sur le terrain.
Enfin la résistance à la distension des ligaments est supérieure à celle de l'os, expliquant la fréquence des arrachements osseux (arrachement des épines tibiales du genou par les ligaments croisés, fracture de l'épitrochlée du coude par les ligaments collatéraux, des noyaux d'ossification du bassin.).

Il faut aussi prendre en charge les parents qui sont souvent plus difficiles à gérer que l'enfant lui-même, toujours relativiser les blessures pour éviter la panique, d'autant plus, s'il existe une hémorragie (le sang ne se voit que trop bien sur la neige !). Il ne faut rien affirmer de grave aux parents, le médecin prendra la responsabilité de donner un diagnostic aux parents. Il est très important de faire prendre conscience aux parents qui skient avec leur bébé sur le dos, qu'ils ne pourront pas vraiment apprécier son état général, surtout s'il a froid. Le bébé reste passif et ne peut se réchauffer. De plus, avec le sac de transport il peut avoir la circulation des jambes coupée. Il existe aujourd'hui un petit garçon amputé des deux jambes !

En conclusion,

prendre en charge un enfant traumatisé sur pistes c'est connaître les spécificités de la traumatologie de l'enfant, effectuer et réévaluer régulièrement un bilan lésionnel précis, anticiper l'évolutivité des lésions masquées par une tolérance accrue, tenir compte de la douleur souvent non exprimée, assurer une immobilisation et une contention adaptées au gabarit, assurer une continuité de soins avec le centre médical.

Docteur Damien Venchiarutti
attesté de Pédiatrie - Médecin de montagne






 
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