Association nationale des professionels de la sécurite des pistes
 



INTERVENTION TRAUMATISANTE ! Impact psychologique sur le secouriste

On connaît la nécessité du réconfort moral pour les blessés. Connaissons-nous aussi bien les conséquences que peuvent avoir certaines interventions sur le secouriste ? le Docteur Charles PIRSEL, Psychiatre canadien, nous apporte son expérience.

Quand j'ai suivi mon premier cours RCR pour la patrouille de ski en Colombie Britannique, Canada, j'ai fait l'expérience de la situation suivante : Une jeune femme dans la vingtaine est devenue bouleversée et troublée lorsque nous avons commencé la pratique de RCR sur une poupée gonflée. Elle a quitté la salle presque en larmes. Nous étions tous perplexes, ne sachant pas ce qui lui était arrivé. J'ai découvert plus tard qu'elle avait suivi le cours de pisteur secouriste quatre années auparavant. Pendant sa première tâche sur la montagne, elle a été appelée sur la scène d'un accident d'auto où un enfant est décédé suite à ses blessures. Cet incident lui a laissé une telle cicatrice émotionnelle que la moindre mention de cet accident la rend troublée et hors d'action.

L'objet de cet article est de faire prendre conscience de l'impact des chocs traumatiques et de fournir un moyen de prévenir davantage les traumatismes subit par les pisteurs secouristes. Jusqu'à récemment, l'impact du traumatisme a été négligé, spécialement dans le monde des sauveteurs tels que les policiers, les ambulanciers, les sapeurs et toutes autres équipes de secours telles que les pisteurs secouristes.

Les dernières quinze années ont marqué un changement majeur dans la façon de penser des professions "macho". Auparavant, on n'encourageait pas les sauveteurs à discuter de leurs sentiments et à admettre qu'ils pouvaient être affectés par certaines interventions. D'après mes expériences de psychologue et mes échanges avec les pisteurs secouristes, il semble que les patrouilles de ski soient un des derniers bastions à reconnaître l'impact sérieux que peut présenter le fait de travailler avec des blessés.

Toutes les activités dans lesquelles notre esprit et notre corps sont impliqués, ont quelques composants émotionnels. Nous ne nous rendons pas souvent compte du traitement émotionnel qui se déroule jusqu'à ce qu'il devienne grave. De plus, à l'âge de raison, nous croyons que notre cerveau sera capable de négocier avec nos sentiments de façon convenable et effective et de ne pas leur permettre de se déchaîner. Cette croyance est vraie seulement dans une certaine mesure.

Toutes les activités du cerveau et du corps humain peuvent être comparées à un remplissage d'un contenant qui a une capacité limitée. Chaque personne a son seuil. Quand le contenant est plein, le résultat est un comportement déséquilibré. Au point de vue émotions, nous avons une grande tolérance aux évènements traumatiques, mais cette capacité n'est pas inépuisable. Il existe un point où même la plus forte personne s'effondre et ses émotions prennent le dessus.

L'intervention entre la victime et son sauveteur est unique. Quand on regarde toute la gamme de gravité, il y aura peut-être une victime qui a besoin de très peu d'aide et à l'autre extrémité, il y a une victime qui a subi des blessures mortelles. Le patrouilleur de ski peut être appelé à n'importe quel moment à faire face à une de ces situations.

On prend de plus en plus conscience de la nécessité du patrouilleur de ski de fournir des renseignements positifs et rassurants. La victime ressent peut-être des sentiments tels que douleur, choc, peur et elle devrait être traitée non seulement comme victime de blessures physiques, mais aussi de blessures psychologiques. Traiter les besoins psychologiques de la victime peut soulager le danger de choc.

Comme nous le savons tous, le choc comme facteur aggravant augmente la probabilité que la victime entre dans un état comateux et décède éventuellement. C'est pourquoi, il y a toujours au moins un paragraphe sur l'importance de traiter le choc dans tous les manuels des patrouilleurs de ski au monde. Il existe beaucoup de documentation qui peut vous informer sur les méthodes employées pour favoriser un sentiment de sûreté, de confiance et de confort de la victime.

On a porté moins d'attention sur les influences émotionnelles que procurent pour le sauveteur la vision et le traitement des blessures. Le pisteur secouriste n'est pas immunisé contre les images et les sons des effets et pertes traumatiques. Si le traumatisme est assez sévère le sauveteur peut développer des troubles de stress post-traumatique (Post Traumatique Stress Disorder (P.T.S.D).

Ces troubles sont une réponse à un événement anormal, incluant l'irritabilité, la haine, l'incapacité de se concentrer, l'insomnie, les pleurs et des flash-back de l'événement. S'il est laissé non traité, le trouble de stress post-traumatique peut mener à des sentiments de culpabilité, de désespoir et d'impuissance. Ces symptômes peuvent mener à la rupture d'un mariage, la perte d'emploi et à la dépendance sur l'alcool et/ou les drogues. Malheureusement, plusieurs personnes peuvent vivre avec tous ou quelques uns de ces symptômes sans attribuer leur stress au traumatisme et ressentir le besoin d'en parler.

Les personnes qui ouvrent dans le domaine du secourisme doivent paraître fortes et se contrôler. Elles doivent éviter de parler de leurs sentiments de peur de paraître incapables de faire face à une telle situation. Toutefois, il est préférable de discuter des évènements troublants ; refouler ses sentiments peut mener à des troubles émotionnels. Le stress et le traumatisme on un effet cumulatif. Nous pouvons contrôler le stress jusqu'à un certain point. Nous ne nous effondrons pas nécessairement à un seul événement troublant. Des évènements qui ne créent pas par eux-mêmes des réactions traumatiques peuvent, ajoutés à d'autres évènements, mener à une réaction traumatique.

Si un incident est mineur, les personnes peuvent en parler avec des collègues ou un partenaire compréhensif ; si un incident est particulièrement traumatique, une session de compte rendu d'incident stressant et critique (Post Traumatic Stress Disorder : PTSD) est peut-être nécessaire. Une telle session formelle est une intervention de groupe avec un moniteur professionnel. Durant cette intervention, tous les éléments majeurs du traumatisme sont revus par les participants. Le but principal de cette session est de donner aux personnes la possibilité de parler des évènements qui viennent de se passer dans une atmosphère de détente, sans jugement.

Ce genre de session a été appliqué avec succès à des groupes professionnels tels que les sapeurs-pompiers, les policiers, les ambulanciers et les équipes de secours. Le processus implique que des ressources et du personnel qualifié soient en place avant qu'un incident critique arrive. Cette préparation offre une réponse rapide à un incident traumatique, préférablement dans un délai de 48 heures. Il serait avantageux d'avoir quelqu'un qui est familier avec les sessions de compte rendu d'incident stressant et critique (CISD) dans chaque service des pistes. Le but de cette procédure est de faire prendre conscience des effets d'un secours complet ou incomplet sur les sauveteurs. Le second but serait de familiariser les pisteurs secouristes avec les symptômes les plus significatifs du traumatisme et leurs effets sur la santé.

L'entraînement enseignerait le modèle de Mitchel's Model Of Critical Incident Stress Managment qui est utilisé partout dans le monde comme modèle de compte rendu des sauveteurs et des victimes.

La non-préparation d'un éventuel incident critique expose les pisteurs secouristes aux troubles d'après traumatisme (Post Traumatic Stress Disorder). Le maintien de la santé psychologique est aussi important que le maintien de la santé physique. Avec un peu de stratégies préventives, les bouleversements majeurs et les problèmes à long terme peuvent être évités.

Docteur Charles Pirsel - Psychiatre canadien
(article paru dans la revue pistes infos de décembre 1997)






 
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