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Expériences en Argentine
- Pistero Fueguino : saison 2000 à Ushuaia par Stéphane Degruel (article paru dans la revue de janvier 2001)
Juillet 2000 : Il était une fois un petit
bout d'homme qui voulait découvrir le monde et le voilà parti. Puycerda,
Barcelone, puis Madrid, chargé d'une paire de skis et d'un sac à dos énorme,
avec à peu près trente degrés à l'ombre. Autant dire que les voyageurs des
aéroports me regardaient avec de grands yeux. Eh oui, je pars pour faire une
saison de pisteur secouriste dans la ville la plus australe du monde :
Ushuaïa en Terre de Feu Argentine.
Après environ 48 heures et 14 000 kms de voyage,
j'arrive enfin en Terre de Feu. OUF ! Que c'est beau ! le paysage est
superbe, les montagnes paraissent se jeter directement dans la mer (cf. photo)
et il fait moins froid que je le pensais. Enfin, je prends quand même une
baffe : + 2°C. Je prends deux photos et un taxi qui m'amène au centre
ville, puis un mini bus jusqu'à la station de CERRO CASTOR à 20 kms d'Ushuaïa.
Là je rencontre Gaston Begue, le big boss, qui me dit que je commence à
travailler le lendemain. Je retourne à Ushuaïa, qui sera mon QG pour me reposer.
Si c'est possible, pour me loger, j'ai trouvé une sorte de gîte d'étape pour
voyageurs « El réfugio del Mochilero ». Diego, le responsable de
l'établissement, m'accueille à bras ouverts, et m'a fait visiter durant trois
mois, tous les coins sympas de la ville et de ses environs (de jour comme de
nuit).
Ushuaïa est une ville champignon de 45000
habitants, un port, une attraction touristique et une zone franche. Elle est
passée de 15000 habitants à 45000 en à peine une quinzaine d'années. Autant dire
que son développement s'est fait de manière anarchique, avec des maisonnettes
(voire parfois de véritables cabanes) aux toits en tôles et aux matériaux
rudimentaires. Et à côté de ça, une partie de la ville est construite sur le
mode occidental, riche aux magasins bien remplis, des bars, supermarchés etc.
Mais une chose fait frémir : les prix, que c'est cher !
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Au sommet de
la piste du renard avec Stéphane le Pyrénéen, Fabio le pisteur chauffeur,
Cyrille le Franco Argentin, Adrian le pisteur parapentiste, et Juan le chef des
pistes. Il manque Gaston Bégué, directeur de la station, skieur trop rapide pour
être pris en photo |
Aux alentours de la ville, la nature est
fantastique, vierge et sauvage. Que ce soit le parc national ou
« l'estancia tunel » tout est resté originel, dans la plus grande
partie de « Isla grande de Tierra de Fuego, la main de l'homme n'a pas
encore mis le pied ». A part quelques centres hivernaux, où l'on peut faire
du ski de fond, des ballades en chien de traîneaux et du ski andin (eh oui là
bas on ne fait pas de l'alpinisme mais de l'andinisme !) Les montagnes sont
vierges, peu de chemins de trekking, peu, voire pas de refuges, et faire des
rencontres lors de randonnées relèvent du miracle. On peut facilement passer
plusieurs jours, voire des semaines, sans rencontrer personne. Quant à la
pollution, elle est quasi inexistante, l'air et l'eau sont purs. Une seule chose
rappelle la folie humaine : c'est le trou dans la couche d'ozone qui s'est
encore agrandi. Il prend maintenant les villes de Punta Arenas au Chili et
sûrement Ushuaïa. Le soleil, même s'il n'est pas chaud, vous brûle la peau et
les yeux. Cela devient un problème très inquiétant en sachant que dans cette
partie du monde sont concentrés quelques uns des maillons les plus importants de
l'écosystème de la planète (zooplancton du type « Krill »,
phytoplancton, baleines, orques, lions de mer, multitude d'oiseaux,
etc.).
Le climat, il fait moins froid que je l'aurais
imaginé. Les températures ont varié de - 10° à + 2°, + 4° C environ, donc peu de
variation. Par contre, durant la période où il y a peu de soleil (environ 5 à 6
heures par jour due à la latitude), au mois de juillet il a fait un mauvais
temps constant avec des chutes de neige régulières. On a eu à peu près deux
jours de beau temps dans le mois sans compter des vents très violents. Approcher
les 130 km/heure était monnaie courante. Après quand le printemps arrive, les
heures de soleil augmentent rapidement, pour aller jusqu'à 20 heures par jour en
plein été. Là les jours de beau sont plus fréquents. Entre autres détails, là
bas le soleil à midi est au Nord, les dépressions tournent dans le sens inverse,
et même le croissant de lune est à l'envers. Bref on a la tête en bas
!
Donc, j'ai travaillé trois mois car mon visa ne me
permettait pas de faire plus (et vu le côté sympathique de la police locale !)
La station de ski de Cerro Castor a été entièrement conçue sur le modèle
français, les télésièges de Pomalgaski, les moyens de secours et de protection,
jusqu'aux jalons (et même parfois un pisteur !) Tout vient de France, autant
dire que je n'étais pas dépaysé. Une chose néanmoins était difficile : la
langue. Cela m'a permis de faire rire assez régulièrement avec mes gaffes du
type : "Tienes un herido a la pista de senda guanaco (tu as un blessé sur la
piste de senda guanaco) et mois qui réponds : "Que es un herido ? (C'est quoi un
blessé ?)" entre autres.
Enfin, au niveau des secours, j'ai été
agréablement surpris du professionnalisme et de la compétence des pisteurs du
coin. Ce malgré le manque de matériel important (pas d'oxygène sur les pistes,
pas de médecin qui puisse monter sur le domaine skiable, un seul matelas
coquille, et pas de sondes à avalanches). Ils arrivent à faire du bon boulot. De
plus ils cherchent toujours à s'améliorer. Par exemple, en fin de saison, Gaston
Begue, le Directeur et Juan Busso le chef des pistes, formés par Cyrille il y a
treize ans, ont joint ce dernier pour l'inviter à faire une formation de
pisteurs à Ushuaia et il en a profité pour faire un recyclage.
Pour finir, il y a une chose que nous pisteurs
français pouvons prendre comme exemple, c'est la bonne ambiance et la parfaite
cohésion de l'équipe de pisteurs (et de perchmans). La confiance était
réciproque. Les journées de travail s'écoulaient tranquillement, on a fait
relativement peu de secours, mais par contre, on a bien rigolé et bu beaucoup de
maté (boisson nationale du pays, diurétique et bourrée de vitamines et d'oligo
éléments) et tout ça sur fond de musique rock (red hot, chili pepper, off
springs, redondos de ricota. sud américaine, mais aussi les malheureux techno).
Quant à l'après ski à Ushuaia, il y a de quoi faire. Dans les bars on se
regroupait, perchmans, pisteurs pour boire quelques (PFF.) bières, faire des
grillades appelées "asados" et regarder passer les filles. Alors là des plantes
mes amis, des plantes. Dans les discothèques elles sont habillées parfois d'un
sexy avec des mini jupes. plus court, j'appelle ça une ceinture, et presque
toutes aussi belles les unes que les autres. Par contre il ne faut pas rêver,
toute cette séduction n'est qu'un jeu : le jeu du chat et de la souris. Le plus
souvent c'est nous les hommes qui faisons la souris.
Le moment de repartir fut le plus dur. J'ai eu du
mal à quitter cette montagne, ainsi que mes nouveaux amis. Mais ainsi va la vie
! On se demande souvent si l'aventure c'est d'aller au bout du monde,
redécouvrir une planète que nous connaissons si peu. Mais en fait, l'aventure
c'est de se faire de nouveaux et bons amis, même à l'autre bout du monde, car
l'amitié reste la plus belle aventure de l'homme. Et surtout ne pas oublier que
la vie est un boomerang.
Estefan Degruel : Pistero fueguino 2000
PS : A mis amigos fueguinos : Cuando me fue, llore
a lagrimas de felicidades. Os agradece para todo, nos vemos y suerte. Todo lo
que sembramos es lo que cosechamos. |

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